Artiste multidisciplinaire

L’envers du monde

« Un projet qui recueille le flux du monde pour en révéler l’envers sensible. »

En cours depuis 2019

L’envers du monde 

Après avoir cru au pouvoir immense d’une seule photographie, après m’être longtemps interrogé sur le sens à donner à l’art, une seule image ne suffisait plus à porter ce que je ressentais face au monde. Après trente-cinq années d’enseignement de la photographie, j’avais regardé des dizaines de milliers d’images. J’étais saturé, non pas par l’excès d’images, mais par leur insuffisance : une seule photographie, ou même quelques‑unes dans un article, ne parvenaient plus à rendre la violence systémique des gestes politiques qui détruisent des vies entières. Cette insuffisance n’est pas celle de la photographie en général — dont je continue de chérir la puissance contemplative, romantique, conceptuelle, absurde ou surréaliste — mais celle d’un genre photographique qui, dans le contexte de l’actualité et de l’information, atteint aujourd’hui ses limites. L’information n’est pas la connaissance, et la profusion d’images qui nous entoure rend de plus en plus difficile toute mise au point. Ma tentative, en proposant des assemblages de centaines d’images, est d’arrêter le regard assez longtemps pour que le spectateur puisse mesurer l’ampleur de cette violence. Cette limite formelle n’est pas un défaut, mais un révélateur : elle expose ce que plusieurs penseurs ont mis en lumière, soit l’opacité du visible (Elkins), le retour du réel (Foster), l’exposition des vies vulnérables (Mbembe) et l’exforme (Bourriaud).

Depuis six ans, je capture presque quotidiennement des images d’actualité, soit à partir de ma tablette, soit en photographiant directement l’écran de la télévision. Je capte tout ce qui m’interpelle, dans un geste ouvert où chaque image devient la trace d’un réel qui insiste. Je ne travaille pas toujours un thème à la fois : parfois, comme lors de la naissance du petit Elbert, c’est un amas d’images hétérogènes qui établit les paramètres d’un nouveau cycle. Ce flux, que je tente de retenir, est devenu la matière première d’une réflexion sur ce que les images montrent, mais aussi sur ce qu’elles refusent de dire.

Dans ce premier essai, le message était le suivant : « La tyrannie de l’indicible nouveau de l’art serait‑elle devenue un simple ornement, la parure d’un moment? L’information, quant à elle, n’est pas la connaissance, et la sagesse — bien que nécessaire — me semble n’être qu’un parfum de mauvaise odeur, un gigantesque état gazeux. » Les images que je recueille, produites par des agences de presse et diffusées dans le monde entier, forment un matériau brut, opaque, souvent traumatique. Par respect pour les droits d’auteur, je les inverse, tout en remerciant les photographes qui rendent ces documents possibles. Au cœur de ces assemblages, j’insère un texte critique et réflexif sur la situation abordée, dont certaines lettres empruntent leurs couleurs aux drapeaux ou aux textures mêmes des images.

Nous sommes submergés chaque jour par des milliers d’images et de discours. Par ce geste, je rassemble mes inquiétudes, mes doutes, mes états d’âme. J’essaie de donner forme à ce qui nous traverse collectivement : la tentation de la guerre, l’indifférence face aux catastrophes, les inégalités persistantes, la banalisation des mots qui prétendent expliquer le monde. Pour moi, m’éloigner des réseaux sociaux et du flux continu des nouvelles est devenu une nécessité. Ce retrait apaise mon anxiété et me permet de regarder autrement. L’envers du monde transforme ce retrait en un espace de pensée, une manière de retourner le flux pour en faire une matière habitable, un lieu où l’image — même inversée — continue de résister, de témoigner, de nous obliger à voir.

 

The Other Side of the World

After decades of teaching and practicing photography, I realized that the single image—so powerful in its contemplative, conceptual, absurd or surreal forms—sometimes becomes insufficient when confronted with the systemic violence of the contemporary world. In the realm of news, information is not knowledge, and the constant flood of images prevents us from seeing clearly. This is why I gather hundreds of news images into a single assemblage: to slow down the gaze, to create a space where viewers can finally grasp the scale of this violence, and where the image, even reversed, regains its ability to bear witness.

Виворіт світу

Після десятиліть викладання та практики фотографії я зрозумів, що поодиноке зображення — яким би потужним воно не було у своїх споглядальних, концептуальних, абсурдних чи сюрреалістичних формах — інколи виявляється недостатнім перед системним насильством світу. У сфері новин інформація не є знанням, а надмірність зображень заважає нам побачити ясно. Саме тому я поєдную сотні новинних фотографій в одну композицію: щоб уповільнити погляд, створити простір, де глядач зможе відчути масштаб цього насильства, і повернути зображенню, навіть інвертованому, його здатність свідчити.

Изнанка мира

После десятилетий преподавания и практики фотографии я понял, что одиночный снимок — каким бы мощным он ни был в своих созерцательных, концептуальных, абсурдных или сюрреалистических формах — иногда оказывается недостаточным перед лицом системного насилия мира. В сфере новостей информация не является знанием, а поток изображений лишает нас возможности увидеть ясно. Поэтому я собираю сотни новостных фотографий в единый коллаж: чтобы замедлить взгляд, создать пространство, в котором зритель сможет осознать масштаб этого насилия, и вернуть изображению, даже инвертированному, его способность свидетельствовать.

وجه العالم المقلوب

بعد سنوات طويلة من تعليم وممارسة التصوير، فهمت إن الصورة الواحدة — مهما كانت قوية في أشكالها التأملية أو المفاهيمية أو العبثية أو السريالية — أحيانًا ما بتكفي قدّام العنف البنيوي اللي منعيشه اليوم. بعالم الأخبار، المعلومة مش معرفة، وكمية الصور الهائلة بتخلّينا ما نقدر نركّز. عشان هيك بجمع مئات صور الأخبار بعمل واحد: حتى أبطّئ نظرة المشاهد، وأخلق مساحة يقدر يشوف فيها حجم هذا العنف، وترجع الصورة — حتى لو مقلوبة — لقدرتها على الشهادة.

לְהָפוּךְ שֶׁל הָעוֹלָם

אחרי עשרות שנים של הוראה ויצירה בצילום, הבנתי שהתמונה היחידה — חזקה ככל שתהיה בצורותיה ההתבוננותיות, הקונספטואליות, האבסורדיות או הסוריאליסטיות — לעיתים אינה מספיקה מול האלימות המערכתית של העולם. בהקשר החדשותי, מידע איננו ידע, ושפע התמונות מונע מאיתנו להתבונן באמת. לכן אני מאגד מאות תמונות חדשות להרכבה אחת: כדי להאט את המבט, ליצור מרחב שבו הצופה יכול לחוש את עוצמת האלימות, ולאפשר לתמונה — אפילו כשהיא הפוכה — לשוב ולשאת עדות.

El Reverso del Mundo

Después de décadas enseñando y practicando la fotografía, comprendí que la imagen única —tan poderosa en sus formas contemplativas, conceptuales, absurdas o surrealistas— a veces resulta insuficiente para expresar la violencia sistémica del mundo contemporáneo. En el ámbito de la actualidad, la información no es conocimiento, y la abundancia de imágenes nos impide ver con claridad. Por eso reúno cientos de imágenes de noticias en un solo ensamblaje: para ralentizar la mirada, crear un espacio donde el espectador pueda percibir la magnitud de esta violencia y donde la imagen, incluso invertida, recupere su capacidad de testimoniar.

Die Rückseite der Welt

Nach Jahrzehnten des Lehrens und Praktizierens der Fotografie wurde mir klar, dass das einzelne Bild — so kraftvoll in seinen kontemplativen, konzeptuellen, absurden oder surrealen Formen — manchmal nicht ausreicht, um die systemische Gewalt der heutigen Welt darzustellen. Im Kontext der Nachrichten ist Information nicht gleich Wissen, und die Bilderflut verhindert oft jede Klarheit. Deshalb versammle ich Hunderte von Nachrichtenbildern in einem einzigen Arrangement: um den Blick zu verlangsamen, einen Raum zu schaffen, in dem der Betrachter das Ausmaß dieser Gewalt erfassen kann, und dem Bild, selbst wenn es invertiert ist, seine Zeugenschaft zurückzugeben.

Il Rovescio del Mondo

Dopo decenni di insegnamento e pratica fotografica, ho capito che l’immagine singola — così potente nelle sue forme contemplative, concettuali, assurde o surreali — a volte diventa insufficiente di fronte alla violenza sistemica del mondo contemporaneo. Nel contesto dell’attualità, l’informazione non è conoscenza, e l’abbondanza di immagini ci impedisce spesso di vedere con chiarezza. Per questo riunisco centinaia di immagini di cronaca in un unico assemblaggio: per rallentare lo sguardo, creare uno spazio in cui lo spettatore possa percepire la portata di questa violenza e restituire all’immagine, anche invertita, la sua capacità di testimoniare.